La Commune de Paris : 72 jours d’insurrection en 1871
Au printemps 1871, Paris refuse la défaite et se soulève contre le gouvernement installé à Versailles. Pendant 72 jours, la capitale tente une expérience politique et sociale avant la violence de la Semaine sanglante.
Par Raphaël FederspielPublié le 3 octobre 2026Mis à jour le 3 octobre 2026
En quelques semaines, les barricades deviennent l’un des symboles de la Commune.
Paris humilié et en colère
En mars 1871, les Parisiens se sentent trahis et humiliés. La France vient de perdre la guerre contre la Prusse et ses alliés. Les troupes allemandes ont défilé sur les Champs-Élysées, l’Alsace et une partie de la Lorraine doivent être cédées, et le pays doit verser une lourde indemnité.
Après plusieurs mois de siège, la situation économique est très difficile. Une partie de la population craint aussi le retour de la monarchie. La Garde nationale parisienne conserve ses fusils et plusieurs centaines de canons payés par souscription.
18 mars 1871 : l’étincelle de Montmartre
À l’aube du 18 mars, Adolphe Thiers envoie l’armée reprendre les canons rassemblés à Montmartre. La population s’interpose. Lorsque le général Lecomte ordonne de tirer, les soldats refusent et fraternisent avec les habitants.
Les généraux Lecomte et Clément-Thomas sont tués. Les barricades apparaissent et Thiers fait évacuer le gouvernement et l’armée vers Versailles. Paris reste aux mains du Comité central de la Garde nationale.
La tentative de reprendre les canons de Montmartre déclenche l’insurrection du 18 mars.
Des élections à la proclamation de la Commune
Des élections municipales sont organisées le 26 mars. Deux jours plus tard, la Commune est proclamée devant l’Hôtel de Ville sous le drapeau rouge.
Le nouveau conseil rassemble des ouvriers, des artisans, des journalistes, des avocats, des médecins et des artistes. Républicains radicaux, blanquistes, socialistes et internationalistes y siègent sans former un parti unique. Dans le même temps, de nombreux Parisiens aisés quittent la capitale.
Les élus de la Commune siègent à l’Hôtel de Ville pendant le printemps 1871.
Un laboratoire politique et social
La Commune remet les loyers dus pendant le siège, sépare l’Église et l’État et veut une école gratuite, laïque et obligatoire. Elle envisage également une justice gratuite et décide que les ateliers abandonnés par leurs patrons pourront être confiés à des coopératives ouvrières.
Des clubs politiques se réunissent jusque dans les églises. Les femmes prennent part aux débats, aux soins et parfois aux combats. Des révolutionnaires étrangers occupent aussi des responsabilités. Mais, en raison de la guerre et de la brièveté de l’expérience, plusieurs réformes restent inachevées.
Les clubs deviennent des lieux de parole et de mobilisation populaire.
Un appel adressé aux ouvrières témoigne de leur engagement dans la Commune.
Paris contre Versailles
Le 2 avril, le gouvernement attaque Paris. Une offensive des Fédérés contre Versailles échoue à son tour. Dès lors, les combats se rapprochent progressivement de la capitale.
L’armée gouvernementale, plus nombreuse, mieux préparée et mieux équipée, resserre son étau. La Commune doit mener de front les réformes, l’administration quotidienne et la défense militaire de Paris.
La Semaine sanglante
Le 21 mai, tandis qu’un concert se tient aux Tuileries, les troupes versaillaises entrent dans Paris par la porte du Point-du-Jour. Commence alors la Semaine sanglante. Plus de 120 000 soldats réguliers affrontent quelques milliers de Fédérés derrière les barricades.
Le 21 mai, l’entrée des troupes au Point-du-Jour ouvre la dernière semaine de la Commune.
La reconquête est féroce. Des prisonniers sont exécutés sommairement, parfois sur de simples indices comme des traces de poudre. De leur côté, les Communards fusillent des otages, dont l’archevêque de Paris Georges Darboy.
Les Tuileries, l’Hôtel de Ville et le Palais de Justice brûlent. Certains incendies sont allumés par des Communards, notamment en représailles ou pour ralentir l’armée ; d’autres destructions sont liées aux bombardements et aux combats. La situation varie donc selon les lieux.
Le palais des Tuileries après l’incendie de mai 1871.
Les derniers combats se déplacent vers l’est de Paris. Le 27 mai, on se bat entre les tombes du Père-Lachaise. Selon le récit commémoratif traditionnel, 147 Fédérés y sont fusillés contre le mur qui porte aujourd’hui leur nom. Le 28 mai, les dernières barricades tombent : la Commune est vaincue.
Le Père-Lachaise devient l’un des derniers champs de bataille de la Commune.
Répression, exil et mémoire
Le nombre exact de morts reste débattu : les estimations vont de plusieurs milliers à près de 20 000. Près de 38 000 prisonniers sont recensés. Les conseils de guerre prononcent 13 450 condamnations, dont 4 586 à la déportation ; beaucoup d’autres Communards partent en exil. L’amnistie de 1880 permet leur retour.
L’expérience n’a duré que 72 jours, mais son souvenir dépasse largement Paris. Karl Marx y voit une forme de pouvoir ouvrier ; Friedrich Engels la qualifiera plus tard de « dictature du prolétariat ». Eugène Pottier, membre de la Commune, écrit en 1871 le texte de L’Internationale.
Le Temps des cerises, écrit dès 1866 par le futur Communard Jean-Baptiste Clément, n’est pas né pendant l’insurrection. La chanson lui sera pourtant durablement associée. Entre espoir révolutionnaire, guerre civile et répression, la Commune reste l’un des épisodes les plus puissants et les plus discutés de l’histoire parisienne.
Retrouvez au Père-Lachaise le Mur des Fédérés, devenu un grand lieu de mémoire de la Commune, et découvrez les histoires qui peuplent le plus célèbre cimetière parisien.