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Paris · Architecture · Histoire militaire · Mémoire

Le dôme des Invalides : de Louis XIV au tombeau de Napoléon

Né pour accueillir les soldats âgés ou blessés de Louis XIV, le vaste ensemble des Invalides est devenu palais de la mémoire militaire, nécropole impériale, musée et lieu de cérémonies nationales.

Dôme doré des Invalides vu depuis l’ouest à Paris
Le dôme des Invalides domine le paysage parisien et signale de loin l’ancienne fondation royale.

Des hommages nationaux à l’ancien hôpital

À Paris, l’Hôtel national des Invalides est l’un des grands décors des hommages rendus par la Nation. Jacques Chirac, Charles Aznavour ou Jean-Paul Belmondo y ont été honorés après leur mort. Dans la cour d’honneur, les visages graves, la Garde républicaine au garde-à-vous et le cérémonial militaire donnent à ces événements leur solennité.

Avant de devenir un lieu de mémoire nationale, les Invalides étaient pourtant d’abord un hôpital et un hospice. Leur histoire commence sous Louis XIV, avec la volonté d’accueillir les soldats âgés, blessés ou devenus inaptes au service.

Louis XIV et la fondation des Invalides

En 1670, Louis XIV ordonne la construction d’un vaste établissement pour les officiers et soldats qui ont vieilli dans ses armées ou ont été mutilés à la guerre. Jusque-là, beaucoup risquaient de finir dans la misère et la mendicité.

La décision répond donc à un besoin réel d’assistance, mais elle possède aussi une dimension politique. En prenant publiquement soin de ses anciens soldats, le roi réduit la présence de vétérans démunis dans les rues et se présente comme le protecteur de ceux qui ont versé leur sang pour la monarchie. Parler d’une simple manœuvre serait toutefois réducteur : les Invalides sont à la fois une œuvre sociale, militaire et royale.

Louis XIV visitant l’Hôtel royal des Invalides au début du XVIIIe siècle
La visite de Louis XIV aux Invalides met en scène le souverain au cœur de l’institution qu’il a fondée.

Quatre mille pensionnaires sous une discipline stricte

Les premiers pensionnaires s’installent en 1674, alors que l’ensemble n’est pas encore achevé. Conçu à l’origine pour environ 1 500 hommes, l’Hôtel en accueille finalement plus de 4 000. Les critères d’admission sont précis et la vie quotidienne reste soumise à une discipline militaire et religieuse.

Les soldats portent l’uniforme, participent aux gardes ou travaillent dans les manufactures installées sur place. On y produit notamment des vêtements et des chaussures pour l’armée, mais aussi des tapisseries et des manuscrits enluminés. La prière rythme également les journées dans l’église de l’établissement.

Une église pour les soldats, un Dôme pour le roi

L’église destinée aux pensionnaires est complétée par une seconde église, conçue pour le roi par Jules Hardouin-Mansart. Les deux espaces sont placés dans le même axe : d’un côté l’église des soldats, de l’autre l’église royale que l’on appelle aujourd’hui le Dôme des Invalides.

Plan gravé de l’église royale et du dôme des Invalides
Le plan centré de l’église royale organise les chapelles autour de l’espace placé sous la coupole.

Achevé en 1706, le Dôme est l’un des chantiers majeurs du règne de Louis XIV après Versailles. Sa silhouette culmine à 107 mètres. Sa couverture reçoit environ 550 000 feuilles d’or, représentant quelque 12,5 kilogrammes.

Vue intérieure de l’église du dôme des Invalides et de son décor peint
À l’intérieur, l’architecture de pierre et les décors dorés conduisent le regard vers la coupole.

Un modèle repris jusqu’à Berlin

L’idée d’un établissement réservé aux vétérans se diffuse en Europe. À Berlin, Frédéric II de Prusse fait édifier entre 1747 et 1748 un Invalidenhaus destiné aux soldats blessés des guerres de Silésie. Comme à Paris, les pensionnaires y reçoivent logement, nourriture, vêtements et soins dans un cadre soumis à une stricte organisation militaire.

Les Invalides pendant la Révolution

Pendant la Révolution, l’Hôtel royal perd naturellement sa référence à la monarchie. Surtout, le 14 juillet 1789 au matin, la foule vient y saisir des milliers de fusils et plusieurs canons avant de marcher sur la Bastille.

La foule saisissant des armes aux Invalides le matin du 14 juillet 1789
Le pillage des armes aux Invalides précède de quelques heures la prise de la Bastille.

Les emblèmes royaux disparaissent et l’église est un temps transformée en temple de Mars. L’institution échappe néanmoins à la suppression. Son caractère militaire lui permet de traverser le changement de régime.

Napoléon et le panthéon militaire

Napoléon Bonaparte, militaire devenu Premier consul puis empereur, accorde une grande importance aux Invalides. Il redonne du prestige à l’établissement, y organise des cérémonies officielles et y distribue les premières décorations de la Légion d’honneur en 1804.

Napoléon distribuant les premières décorations de la Légion d’honneur aux Invalides en 1804
Le 15 juillet 1804, la distribution des premières Légions d’honneur inscrit les Invalides dans le cérémonial impérial.

Il transforme aussi l’ancienne église royale en panthéon militaire. La dépouille de Turenne y est transférée en 1800 ; le cœur de Vauban la rejoint quelques années plus tard. Les grands généraux de Louis XIV servent ainsi la continuité militaire que Napoléon veut incarner.

Le retour et le tombeau de Napoléon

Napoléon meurt en 1821, en exil à Sainte-Hélène. La France est redevenue une monarchie, mais la popularité de l’Empereur demeure forte. En 1840, Louis-Philippe obtient le retour de sa dépouille. Le 15 décembre, un immense cortège funèbre la conduit jusqu’aux Invalides.

Cortège funèbre de Napoléon arrivant aux Invalides en décembre 1840
Le 15 décembre 1840, le cortège du Retour des Cendres atteint l’esplanade des Invalides.

Sous le Dôme, l’architecte Visconti fait creuser une vaste crypte destinée au tombeau. Le chantier s’étend sur plus de vingt ans : la dépouille est installée dans le monument achevé le 2 avril 1861. Le grand sarcophage de quartzite rouge recouvre plusieurs cercueils emboîtés renfermant le corps de l’Empereur.

La nécropole accueille également son fils Napoléon II, ses frères Joseph et Jérôme, ainsi que plusieurs généraux et maréchaux. Les Invalides deviennent ainsi le grand mausolée de la mémoire napoléonienne.

Sarcophage rouge de Napoléon au centre de la crypte des Invalides
Le sarcophage de Napoléon occupe le centre de la crypte aménagée sous le Dôme.

Un musée, mais toujours un hôpital

À partir de la fin du XIXe siècle, le nombre de pensionnaires diminue et la fonction patrimoniale prend davantage de place. Le musée d’Artillerie s’installe aux Invalides en 1871, puis le musée historique de l’Armée en 1896. Leur réunion donne naissance au musée de l’Armée en 1905.

L’hôpital n’a pourtant jamais disparu. Aujourd’hui, l’Institution nationale des invalides accueille toujours des militaires blessés et des pensionnaires, assure des soins de réhabilitation post-traumatique et travaille sur l’appareillage du handicap moteur. Des victimes civiles d’attentats et, selon les conditions d’admission, d’autres patients civils peuvent également y être soignés.

Les Invalides restent donc fidèles à leur origine tout en ayant changé de rôle. Hôpital militaire devenu musée, nécropole et lieu d’hommage national, le monument continue de réunir sous son Dôme le soin des vivants et la mémoire des morts.

Repères documentaires : musée de l’Armée, « L’Hôtel national des Invalides, une cité dans la ville » ; musée de l’Armée, « Le Dôme des Invalides et ses richesses » ; musée de l’Armée, « 1670-2020 : les Invalides d’hier à aujourd’hui » ; Landesdenkmalamt Berlin, « Invalidenhaus » ; Institution nationale des invalides, « Nos missions ».

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