La fontaine Wallace : l’histoire d’une icône parisienne
Avec sa fonte verte et ses quatre cariatides, elle fait partie du décor de Paris. Son histoire naît pourtant d’une guerre, d’une pénurie d’eau et de la générosité d’un Anglais.
Par Raphaël FederspielPublié le 3 octobre 2026Mis à jour le 3 octobre 2026
La fontaine Wallace est à la fois utile, familière et immédiatement reconnaissable.
La plus belle des Parisiennes ?
La Seine, Notre-Dame, Amélie Poulain ? Pour beaucoup, la plus belle Parisienne est peut-être la fontaine Wallace. Cette fontaine d’eau potable en fonte verte mesure 2,71 mètres.
Au-dessus de son socle, quatre cariatides se tournent le dos et soutiennent un dôme décoré de dauphins. Entre elles coule un mince filet d’eau. Cette silhouette familière cache une histoire étroitement liée à Paris.
Dès ses débuts, la fontaine s’inscrit dans la vie quotidienne des Parisiens.
Un Anglais amoureux de Paris
Richard Wallace naît à Londres en 1818. Il est probablement le fils naturel du quatrième marquis d’Hertford, l’un des hommes les plus riches d’Europe.
À partir de 1824, il grandit à Paris. Il fréquente les artistes, développe un goût profond pour l’art et devient lui-même collectionneur. La capitale française reste au centre de sa vie.
Sir Richard Wallace, collectionneur et philanthrope britannique attaché à Paris.
Paris assiégé
Pendant la guerre de 1870, Paris est assiégé par les armées prussiennes et leurs alliés. Il fait froid et la population manque de charbon, de nourriture et d’eau.
Wallace choisit de rester. Il vient d’hériter d’une immense fortune et l’emploie pour aider les Parisiens : il finance des ambulances et verse notamment 100 000 francs en faveur des familles chassées de leur logement par les bombardements.
Une médaille commémore le don de Richard Wallace pendant le siège de Paris.
Deux modèles pour donner à boire
Après la guerre, Wallace veut faciliter l’accès gratuit à l’eau potable. Il imagine deux modèles inspirés de la Renaissance : le grand modèle à cariatides et un petit modèle fixé contre un mur.
Le sculpteur Charles-Auguste Lebourg les réalise à partir de ses indications. Wallace offre cinquante fontaines à la Ville de Paris, qui prend en charge leur installation et leur alimentation en eau.
Le petit modèle en applique est conçu pour être placé contre un mur.
La nouvelle fontaine devient rapidement un élément du paysage parisien.
La première fontaine Wallace
La première fontaine Wallace est installée le 30 juillet 1872 boulevard de la Villette. Le succès est immédiat. Pour boire, les passants utilisent alors des gobelets en fer-blanc attachés à la fontaine par des chaînettes.
Ces gobelets disparaissent en 1952 pour des raisons d’hygiène. L’eau, elle, continue de couler et les fontaines restent librement accessibles.
Les gobelets attachés par une chaînette restent en usage jusqu’en 1952.
Une icône toujours en service
Entre les modèles historiques et leurs rééditions, Paris compte aujourd’hui plus d’une centaine de fontaines Wallace. Elles restent pratiques, mais aussi appréciées pour leur élégance.
Pour leurs 150 ans, en 2022, soixante fontaines sont repeintes. Certaines disposent désormais d’un bouton, et cinquante modèles historiques ont ensuite reçu un discret dispositif de brumisation.
La fontaine Wallace demeure ainsi une œuvre d’art utile, née de la générosité d’un homme envers sa ville d’adoption. Sir Richard Wallace en serait sans doute heureux.
Boire, se retrouver, se rafraîchir : la fonction de la fontaine n’a jamais changé.
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