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Paris · Métro · Histoire · Patrimoine

Les stations fantômes du métro parisien : un réseau invisible

Sous les quais fréquentés de Paris subsistent des stations jamais ouvertes, déplacées ou fermées. Invisibles pour la plupart, elles racontent une autre histoire du métro.

Plan du réseau d’exploitation réduit du métro parisien daté du 27 novembre 1939
En 1939, le réseau fonctionne avec un nombre très réduit de stations ouvertes.

Sous le métro familier, un autre réseau

Aux heures de pointe, le métro parisien évoque surtout les couloirs parcourus au pas de course, les changements de ligne et les rames bondées. L’expression « métro, boulot, dodo » résume depuis longtemps cette routine quotidienne.

Il suffit pourtant de regarder les stations pour retrouver une architecture très reconnaissable : une voûte arrondie, des carreaux de céramique blancs et biseautés qui renvoient la lumière, des plaques de nom et des cadres publicitaires. Après les décors colorés expérimentés au cours du XXe siècle, notamment les aménagements orange des années 1970, de nombreuses rénovations ont remis en valeur cet héritage.

Construction souterraine d’une station du métro parisien près de la place de l’Étoile
Avant les carreaux blancs, la voûte nue révèle la structure profonde d’une station parisienne.

Qu’est-ce qu’une station fantôme ?

Le terme rassemble des situations différentes. Certaines stations ont été construites sans jamais recevoir de voyageurs. D’autres ont fermé, ont été déplacées ou ont laissé derrière elles d’anciens quais. Le nombre exact varie donc selon la définition retenue, mais on évoque généralement autour d’une douzaine de sites.

Ces espaces appartiennent à un réseau qui n’a cessé d’évoluer. Dès les premières décennies, des embranchements, des raccordements et des stations ont été prévus, modifiés ou abandonnés au gré des choix d’exploitation.

Fulgence Bienvenüe debout devant une entrée du métropolitain parisien
Fulgence Bienvenüe, figure centrale de la construction du métro parisien, devant un accès au réseau.

Haxo et Porte Molitor : construites mais jamais ouvertes

Haxo, entre Place des Fêtes et Porte des Lilas, est le cas le plus célèbre. Le quai a bien été construit, mais les infrastructures prévues n’ont jamais été intégrées au service voyageurs et aucun accès n’a été percé jusqu’à la rue.

Porte Molitor devait permettre à des trains de la ligne 9 de desservir directement le secteur du stade Jean-Bouin et du Parc des Princes. La station fut construite en 1923 sur la voie Murat, raccordant les lignes 9 et 10. La complexité de l’exploitation fit abandonner le projet : ses accès ne furent jamais réalisés et les voies servent aujourd’hui au garage des rames.

Plan des voies reliant Place des Fêtes, Haxo et Porte des Lilas
Le plan de la voie des Fêtes situe Haxo sur un raccordement resté hors du service voyageurs.
Ouvrage de raccordement souterrain pendant la construction du métro parisien
Raccordements et tunnels techniques forment une géographie souterraine plus vaste que le réseau visible.

Des stations déplacées ou remplacées

D’autres stations ont accueilli des voyageurs avant d’être déplacées. C’est le cas de l’ancienne Porte Maillot. À Victor Hugo, la courbe des quais d’origine était devenue trop prononcée pour les nouvelles rames plus longues : une nouvelle station fut reconstruite à proximité au début des années 1930.

Porte de Versailles fut également réaménagée lors du prolongement de la ligne 12. Quant à Les Halles, la station de la ligne 4 fut déplacée en 1977 de quelques centaines de mètres vers l’est, et non de quelques mètres seulement, afin de l’intégrer au nouveau pôle de correspondance avec le RER. Dans tous ces cas, le nom est resté alors que l’emplacement changeait.

Construction de la station d’arrivée de Porte Maillot en avril 1900
La première station Porte Maillot en construction, au printemps 1900.
Inauguration d’un nouveau tronçon du métro à la station Bonne-Nouvelle en 1931
Prolongements et nouvelles rames transforment régulièrement le réseau entre les deux guerres.

1939 : le réseau se met en sommeil

À la déclaration de guerre, la mobilisation prive le métro d’une partie de son personnel. Un service réduit est mis en place et seulement 85 stations restent ouvertes. Les autres ferment temporairement ; certaines installations souterraines servent aussi de refuges lors des alertes et des bombardements.

Cette fermeture massive explique une grande partie des stations dites fantômes. Beaucoup reprennent leur service après la guerre, parfois bien plus tard. D’autres restent durablement derrière les murs ou au bord des voies.

Plan officiel du réseau du métro parisien en 1939
Le plan de 1939 montre un réseau déjà dense, brutalement réduit au moment de la mobilisation.

Celles qui ne rouvrent pas

Après le conflit, Arsenal, Champ-de-Mars, Saint-Martin et Croix-Rouge ne retrouvent pas leur fonction initiale. Leur faible fréquentation ou leur proximité avec une autre station ne justifient plus leur réouverture.

L’ancienne installation de Gare du Nord USFRT relève d’une autre évolution du réseau : elle correspond à l’ancien terminus de la ligne 5, abandonné après le prolongement de la ligne. Elle est souvent associée aux stations fantômes, sans appartenir exactement à la même histoire que celles fermées en 1939.

Une seconde vie souterraine

Les stations fermées ne sont pas toutes abandonnées. Certaines servent au garage des trains, à des essais ou aux besoins techniques du réseau. D’autres deviennent ponctuellement le décor d’une installation ou d’une campagne visible depuis les rames en circulation.

En 2007, la station Croix-Rouge fut ainsi habillée d’images éclairées en rouge pour annoncer l’exposition L’Enfer de la Bibliothèque : Éros au secret de la Bibliothèque nationale de France. À la fin de 2009, Croix-Rouge et Saint-Martin accueillirent aussi une mise en scène liée à Sonia Rykiel et H&M.

La plus célèbre seconde vie reste celle de Porte des Lilas–Cinéma. Fermée au public depuis 1939, cette station est aujourd’hui dédiée aux prises de vues. Des plaques amovibles permettent de changer son nom selon les besoins du scénario, sans perturber le service voyageurs. Le coût d’un tournage dépend de la production, du matériel et du personnel mobilisés : il n’existe pas de tarif unique de 20 000 €.

Un patrimoine presque invisible

On aperçoit parfois un quai sombre ou un ancien nom de station pendant quelques secondes, derrière la vitre d’une rame. Ces lieux nourrissent les récits de promenades clandestines, mais ils restent des espaces ferroviaires interdits au public, dangereux et indispensables au fonctionnement du réseau.

Les stations fantômes ne forment donc pas un monde séparé : elles sont la mémoire des projets abandonnés, des guerres et des transformations techniques du métro. Sous Paris, elles conservent les traces d’un réseau toujours en mouvement.

Repères documentaires : RATP, « Un jour, une station : Place des Fêtes » ; RATP, histoire de la ligne 9 ; RATP, histoire de Victor Hugo ; RATP, histoire de la ligne 3bis ; RATP, modalités de tournage.

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